Trézéguet: "La Juventus m'a tout appris, je remercie les tifosi"

Publié le par Miss Lili

Au coeur même du stade Rico Pérez à Alicante, David Trezeguet a accordé une interview exclusive à Hervè Bricca, journaliste italien pour 'Stadiogoal'. Dans cet entretien, l'attaquant français évoque sa Juventus, son départ mais également les difficultés que l'équipe bianconera rencontre actuellement.

Je vous propose de la découvrir en intégralité:

 

David, de Monaco à la Juve, tout a commencé ainsi...

"D'une équipe qui était comme une famille à une réalité beaucoup plus importante, avec des objectifs, une vraie histoire et des millions de tifosi. Un changement conséquent, conseillé par Zidane, Platini et Deschamps. Ancelotti fut mon premier entraîneur, je jouais avec des joueurs que j'avais admiré à la télé. Un rêve. Je sortais du championnat d'Europe où j'avais inscrit le but en or contre l'Italie. J'avais besoin de temps pour m'adapter. Devant moi, il y avait de grands joueurs, non seulement Inzaghi, Del Piero et Kovacevic, mais aussi Fonseca et Esnaider. J'ai trouvé ma place vers la fin du championnat. Cette année-là, nous n'avons rien gagné, mais j'avais bien connu celle qui deviendrait "ma maison": la Juventus."

 

Puis est arrivé un monsieur qui s'appelle Marcello Lippi...

"Un idole pour les tifosi. Je m'en suis rendu compte tout de suite, dés le premier entraînement à Chatillon, dans la vallée d'Aoste. Il était plus applaudi que nous les joueurs. Il nous a transmis une mentalité et une envie de gagner exceptionnelles. Nous avions changé de système de jeu, de nouveaux joueurs étaient arrivés. Il y avait aussi des doutes sur moi. Inzaghi était parti au Milan, j'étais devenu la seule pointe et quelques-uns étaient sceptiques. Nous gagnâmes un beau titre de champion avec beaucoup de travail derrière. Au même niveau, que le dernier que j'ai remporté avec Capello. Fantastique, parce que s'il ne s'était pas passé ce qu'il s'est passé et que les joueurs présents cette année-là étaient restés, nous aurions pu encore gagner, notamment la Ligue des Champions, qui est le titre qui m'a le plus manqué."

 

Mais combien de scudetto as-tu remporté avec la Juventus?

"Pour moi il y en a quatre avec tout le mérite sur le terrain. Le reste c'est une autre histoire."

 

Tu parlais du dernier scudetto remporté avec Capello, ensuite est arrivé la série B...

"Je suis resté car je voulais encore gagner avant de m'en aller, ce fut un choix difficile. Je me rappelle le discours que nous avions tenu entre nous, les joueurs, après le dernier match à Bari, avec le titre de champion entre les mains. Le pacte était: nous partons en vacances, nous revenons et nous gagnons la Ligue des Champions. Par contre, deux mois après, c'était un désastre. Je me suis retrouvé sans des joueurs comme Ibra, Vieira, cannavaro, Emerson. Il y avait des garçons de la Primavera et d'autres qui revenaient de prêt. Heureusement, Deschamps savait quoi faire et les jeunes ont tout de suite réussi. Les Giovinco, Marchisio, Chieillini ont explosé, Camoranesi, Del Piero, Nedved étaient restés. C'était un groupe moins qualitatif mais plus uni, familier, plus humain. Un groupe qui a écrit une histoire importante, la remontée de la série B à A."

 

Mais quand tu es à la Juve, ces souvenirs, il faut vite les oublier...

"J'ai prolongé mon contrat en pensant que la Juve regagnerait tout de suite et reprendrait ce qu'on lui avait enlevé. Mais ça ne s'est pas passé comme ça. Plus rien n'était comme avant. J'ai compris qu'il faudrait beaucoup de temps avant de regagner. J'avais joué avec Conte, Ferrara, Pessotto, Montero, Iuliano: des gens qui avaient une mentalité de gagnant. Tout avait disparu."

 

Un souvenir de l'Avvocato Agnelli et de son frère Umberto?

"Tout le monde avait beaucoup de respect pour l'Avvocato. Il était un de ceux qui ne tournaient pas autour du pot et qui allaient droit au but parce qu'il était habitué à gagner. Terminer deuxième ne servait à rien. Les discours qui se tiennent aujourd'hui me font rire: à la Juve ou tu es premier ou ça ne compte pas. Les joueurs qui venaient à Turin savaient ce qu'ils devaient faire ou sinon ils apprenaient en hâte...Le frère, Umberto, est un autre grand personnage qui a poursuivi dans la même voie: une énorme envie de gagner, la défaite n'était pas un terme connu et le match nul non plus. On marchait toujours la tête haute, puis tout a changé."

 

Aujourd'hui il y a le jeune Agnelli...

"Je me souviens que lorsqu'il était petit, il venait aux matchs, c'était notre supporteur. Il a vu la Juve gagner. Avec le temps, il peut devenir l'homme juste. Mais il a absolument besoin d'être aidé de quelqu'un qui connaît l'histoire de la Juve. Je ne vois malheureusement personne qui puisse le faire pour le moment."

 

Nedved essaie de donner un coup de main...

"Petit à petit Pavel prend plus de responsabilités, il fait partie de ceux qui peuvent beaucoup aidé. Comme Del Piero. J'espère qu'un jour Alex deviendra président de la Juventus. Parce qu'il a tout gagné, il connaît très bien le monde Juve, et le club a besoin de gens comme lui. Aujourd'hui, quelques-uns ne savent pas où ils se trouvent, ils ont besoin de le comprendre..."

 

Une fois, tu as dit: "Je serai toujours amoureux de la Juve".

"Et je le confirme. La Juve m'a appris à gagner et m'a fait devenir un footballeur complet. Si nous faisions un match nul, nous étions mal pendant des jours, si nous étions éliminés de la Ligue des champions, c'était une tragédie: je voyais certains de mes camarades ne pas manger pendant une semaine. J'étais jeune lorsque je suis arrivé et j'ai tout de suite apprécié cet environnement. La Juve est faite pour gagner. Le maillot bianconero a un poids particulier: une personne fragile ne peut pas le porter."

 

Peux-tu nous expliquer la signification du geste d'adieu que tu avais fait sur le terrain en direction des dirigeants?

"La société ne tenait pas compte de l'effort fait pour rester en série B. Je voulais un discours clair et précis. Ce n'était pas un problème d'argent. Oui, c'est important, mais pas fondamental. Mais à ce moment, il n'y avait aucune clarté. Je suis parti en vacances, et lorsque je suis revenu au siège, j'ai signé en deux minutes. Le regret que j'ai cependant est de n'avoir rien remporté depuis 2006."

 

Pourquoi as-tu choisi Hércules?

"Les dirigeants de la Juve ne comptaient plus sur moi, ils disaient: nous voulons des jeunes, de préférence des italiens pour une nouvelle aventure. Etant présent depuis 10 ans, je ne pouvais pas écouter ce genre de discours. J'ai donc fait mes valises et laissé ma place à quelqu'un qui correspondait plus à ce que l'entraîneur et les dirigeants voulaient. Je suis donc venu à Alicante, ma femme est née ici. Dans les derniers temps, je peinais à m'entraîner, mais lorsque je suis arrivé à Hércules, je me suis senti de nouveau important. Je ne gagnerai probablement rien ici, mais je suis redevenu le Trézéguet de toujours. En janvier, j'aurai partir dans des équipes plus compétitives, mais je ne suis pas le genre à abandonner à la moitié du chemin. La saison prochaine on verra. Je veux encore gagner, peut-être en Argentine..."

 

A Turin, à chaque occasion manquée, il se dit: "si seulement Trézéguet était encore là...". Sans parler des choeurs en ton nom...

"J'ai su pour les choeurs et je remercie les supporteurs de tout coeur. Cela veut dire que j'ai laissé un bon souvenir, et je reviendrai à Turin pour remercier ce splendide public. Je suis parti trop rapidement, j'ai gagné le respect avec la sueur et l'attachement que je portes à ce maillot. Les tifosi bianconeri te donnent le maximum mais ils exigent le maximum. Quand je me retrouve avec Alex, Vialli ou d'autres qui te disent: "Tu es entré dans le coeur des supporters pour toujours", cela veut dire que j'ai fait quelque chose d'important. Je voulais devenir le buteur étranger le plus prolifique de l'histoire de la Juventus et j'ai réussi. Merci aux supporteurs auxquels je dis: au revoir et à bientôt."

Publié dans Interview

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Commenter cet article

Antoine 27/03/2011 12:37



C'est sûr qu'il aurait mérité un départ comme celui de Pavel Nedved par exemple.


 


Sinon, une anecdote: mes parents étaient parti en Italie depuis lundi. A leur retour, ils m'ont ramené comme cadeau UN MAILLOT D'ALESSANDRO DEL PIERO ! Ca m'a fait très plaisir. Après le maillot
de David Trézéguet en décembre 2007, la "collection" continue...



Julie 27/03/2011 09:52



Non je pense pas qu'il regrette d'être parti parce que s'il voulait jouer il n'avait pas le choix, mais il regrette sans doute que les dirigeants ne lui ait pas fait confiance.



Alexandre 26/03/2011 21:09



Moi se que je dit, Trezeguet regrette d'être parti de Turin